Rose-Anna attend son Thomas

Je me souviens….
À l’automne, papa partait toujours au chantier faire une « run » comme on disait dans le temps pour ne revenir que le 23 décembre. Alors maman veillait au grain, voyait à tout, les enfants, la maison et la ferme.

Une année entre autres,  une très grosse tempête s’abat sur notre coin de pays, Cap d’Espoir.  Alors que tout est prêt pour le réveillon avec l’abondance habituelle des fêtes, les cadeaux et le traditionnel gâteau aux fruits, on attend papa…

La tempête est à son comble, la poudrerie est forte et maman, tout en voulant nous cacher son inquiétude, se rend souvent au salon jeter un coup d’œil vers la fenêtre. Vers 10 heures, maman etant occupée à la cuisine, les frères et soeurs prenons la relève à tour de rôle pour faire le guet à la fenêtre.

Lorsque vint mon tour, mirage ou miracle de Noël ! Allez savoir! je vois mon père qui avance vers la maison, courbée, son sac sur le dos, la barbe blanche et glacée ! C’est l’euphorie dans la maison! Je crie, je rie, toute la famille se lance à la fenêtre pour réaliser que c’est bien papa, notre papa.

Maman, heureuse, ouvre la porte pour l’accueillir tandis que nous, on se bouscule pour le voir, notre papa Noël. Papa et maman s’enlacent, c’est notre plus beau cadeau, le retour de notre papa.

Ce fut un moment magique pour toute la famille et ma mère belle et heureuse de retrouver son Thomas.

Marjolaine Proulx

La quatorzième de la famille

 

Ma petite histoire va rejoindre beaucoup de vos mamans. Ma mère, Marguerite Rehel, est née en 1911. À 15 ans, elle devient maîtresse d’école à Cannes de Roches ( comme on disait dans le temps ) ce qui nous amène en 1926.

Sa carrière a pris fin lorsqu’elle s’est mariée en 1929, et comme elle nous disait, c’était mal vu pour une femme de continuer à travailler après le mariage à cette époque.

Fallait élever une famille, ce qu’elle fit avec 14 enfants qu’elle a élevés presque seule puisque mon mon père devait travailler pour nourrir toute cette marmaille. Il partait pour les mois d’hiver comme bûcheron, la pêche durant l’été et pendant ce temps, maman trimait tôt le matin jusqu’à tard le soir pour arriver à tout faire : lavage à la main, pain de ménage à chaque jour, tricot et couture pour la famille et j’en passe, le tout sans électricité, sans eau courante.

Elle a vécu 98 ans, moins trois mois, mon père s’est rendu à ses 103 ans et ensemble, ils ont vécu 73 ans de mariage.

Signé : la quatorzième de la famille, Jocelyne Rehel

L’arrivée des pissenlits

Je vous présente aujourd’hui, dans le cadre de souvenirs racontés pour ce blogue,  celui confié par Louise Collin, Cap d’Espoir. Merci mon amie Loulou.

JE ME SOUVIENS… combien ma mère aimait raconter ce que les « vieilles » faisaient quand elle était jeune. Bien avant nous, elle admirait le travail de ces femmes qui faisaient tout avec rien. Une histoire en particulier m’avait fascinée : une vieille madame dont j’ai oublié le nom (je pense que c’est Madame Marie) marchait tout le rang du deuxième, l’été, pour aller retrouver son amie Chantale et à deux, elle ramassaient des « bubus » de pissenlit dans leur tablier replié. Elles s’en servaient pour « bourrer » des édredons ou douillettes comme on les appelle maintenant. J’imagine que leurs douillettes n’étaient pas aussi épaisses que les nôtres mais, pouvez-vous imaginer la patience, d’autant plus que les pissenlits… c’est pas long que le vent emporte les « bubus ».

Louise Collin

 

Bonne fête des mères maman

 

Je suis seule et heureuse. Le silence m’enveloppe, m’entoure. Je pense à tout et à rien,  du profond, du léger. Le bonheur quoi! Pourquoi le bonheur? En raison de la liberté du moment… et je dis bien « liberté du moment »  car je crois que nous sommes nés pour partager, échanger, avancer et pour y arriver, on a besoin d’être entouré.

Pour l’instant, je savoure la vie, j’ai un amoureux, deux fils qui sont ma fierté et des petits enfants qui font de ma vie un grand bonheur. En plus, j’ai gagné deux filles avec qui j’ai une belle connivence. Mais je sens encore l’absence de ma mère! Une mère, c’est irremplaçable! Bien sûr, mon père me manque mais j’ai eu le temps de le connaitre, de lui présenter mes deux fils et notre complicité est ancrée en moi, sa jovialité, sa façon de me regarder, de me parler. Tout est dans le regard dit-on et j’y crois fermement, j’ai senti que je pouvais faire confiance en la vie par l’amour que je voyais dans ses yeux.

Ma mère, une femme où bienséance et fierté allaient de paire avec discipline et rigueur. De moi, j’avais toujours l’impression qu’elle désirait la perfection. Ma joie de vivre pour ne pas dire mon intensité était dérangeante… J’étais espiègle, maladroite, curieuse et j’aimais les folies… tout ca avec une grande émotivité et sensibilité. Partie tôt, Elle n’a pas connu Daniele adulte et maman.

Je vivais avec la liberté et la frivolité propres à l’enfance et adolescence  alors qu’elle était débordée par les nombreuses tâches familiales. De plus, les filles de mon époque n’avaient pas le droit de rire trop fort, de s’épivarder comme on dit, notre vertu était constamment sous surveillance.

Finalement, on a eu peu de temps pour se parler, on commençait à se connaître comme femme et la vie en a décidé autrement. Quel dommage tout cela! J’aurai aimé la gâter, l’épater, tout en lui montrant ma vulnérabilité et mon grand besoin par elle d’être aimée avec des mots, des bras, des regards.

Avec une grande famille, dont un frère handicapé, je crois sincèrement que ma mère a été une personne sage, trop sage et sérieuse alors qu’elle aurait aimé oser davantage, danser plus souvent, s’impliquer en communauté, voyager dans le monde… Tout ce que nous pouvons faire maintenant.

Elle aimait rire et n’y manquait pas dès que tante Mariette, sa sœur, venait la rejoindre et la supporter dans sa besogne. Elle aimait aussi écouter et nombreux sont les jeunes adolescents qui venaient se confier à ma mère.

Si je publie ce texte, c’est pour démontrer que oui nous conservons le meilleur des souvenirs mais la vie n’est pas sans peine et elle a aussi été dans ma vie. Et je ne le dis pas de façon négative car cette expérience m’a apporté des richesses. La vie a été bonne pour moi mais on ne peut nier que nos mères ont trimé fort, très fort.

En mémoire de ma mère, je me suis investie collectivement dans la réalisation du projet EN MEMOIRE D’ELLE et si je tente maintenant de promouvoir l’écriture et la conservation des souvenirs, c’est toujours parce que je sais que du haut du Ciel, elle sourit et c’est ce qu’elle aurait aimé que je fasse.

Je t’aime maman, bonne fête des mères.

Danièle Rail, 2016

Nous, femmes du bout de la terre

Nous femmes du bout de la terre, est un blogue que j’ai voulu créer pour conserver la mémoire de nos mères, grands-mères, tantes, soeurs, bref, les femmes de nos familles, de nos vies. Pensons à nos amies d’enfance, aux religieuses, professeures, infirmières, artiste que nous avons connues et qui ont aussi influencé notre parcours.

Mon premier souvenir féminin est bien sûr celui de ma mère, sa tendresse, sa chaleur, sa joie, son rire et oui, sa fierté. Non que je me souvienne clairement de tout ce qu’elle m’a donné petite fille mais j’ai en moi un ressenti qui l’exprime très bien, le coeur ne ment pas, on le sait.  Il y a bien eu la période plus houleuse de l’adolescence où nous avons appris à connaitre nos différences mais j’en parlerai dans un autre texte.

Mes soeurs, Marcelle et Luce, sont celles avec qui j’ai le plus partagé mon quotidien, mes émotions, mes amours, mes peines…. sans filtre. C’est ca la magie entre soeurs, l’authenticité et l’entraide dans la spontanéité. Vive les soeurs!

De ma grand-mère paternelle et ma grand-mère maternelle, si différentes, voici ce que je vous offre pour terminer ma première publication.

Elisabeth
Menue, délicate, souriante, parle peu
Blanche
Plutôt forte, solide, sérieuse, guerrière

Toutes deux ont une ribambelle d’enfants
Toutes deux maman dévouée, enfants aimés

Pourtant l’une est protégée
Travaille, médite et prie
Tandis que l’autre protège
Voit à tout et souvent berce ses cris

Différentes l’une de l’autre
Je les ai observée, aimée
Et sans que ce soient en mots
Elles m’ont légué des messages en héritage

Elisabeth, par les étoiles dans ses yeux
A inscrit en moi spiritualité, écoute et douceur
Blanche par la puissance de son aura
A tracé le chemin du courage, de l’audace

Grand-maman Elisabeth
Grand-maman Blanche
Je vous porte en moi
N’est-ce pas le plus beau cadeau
Qu’une petite fille puisse espérer?

Merci de me lire, merci de croire en l’importance de la conservation des mémoires et merci de me faire connaitre un passage de votre vie en lien avec votre mère, soeur …

Daniele Rail