Présentation à l’UQAR

Dans les années 2015-2016-2017, j’ai suivi à l’Université du Québec à Rimouski un programme appelé Étude de la pratique artistique. Je voulais approfondir la source de mes inspirations, comprendre la démarche et le processus de la création artistique.

Nous avions des travaux à faire et j’ai le goût de vous partager un document présenté dans le cadre de ces cours. Vous comprendrez davantage pourquoi je crois en l’importance de la mémoire ou récits de vie des femmes qui nous ont précédées.

Daniele Rail

Mon processus et démarche artistique

•. Ouvrir une fenêtre sur mon processus, mon cheminement, c’est vous dévoiler ma vulnérabilité, mes questionnements, mes certitudes et mes espoirs.

•. Mon besoin artistique c’est révélé dès mon enfance et ma curiosité m’a conduit au théâtre, à la danse et l’apprentissage de divers instruments musicaux.

•. Il y a pourtant eu une étape importante dans ma vie, un tournant où c’était l’heure des bilans. Revoir mes objectifs de vie, mes réalisations, mes attentes. C’est dans ces années que je me suis inscrite à des cours de dessin et peinture.

Assez rapidement, je suis allée vers la création, trop vite peut être car je me suis trompée, me suis cherchée, me suis découragée. J’ai compris pourtant qu’en agissant ainsi, malgré les difficultés, je suis demeurée fidèle à ce qui m’habitait.

•. J’ai franchi un grand pas lorsque je me suis inscrite à l’École de l’Université Laval à Percé à des cours portant précisément sur le pouvoir créatif. Je conserve d’ailleurs une grande reconnaissance envers l’artiste Segal Seymour qui sait nous faire voyager dans des zones inconfortables mais combien importantes. Créer sans se questionner me semble impossible; ca exige de s’abandonner. J’ai donc amorcé une démarche intérieure, intime, spirituelle qui m’a conduit plusieurs fois à l’écoute du silence.

•. Pour obtenir des réponses claires, je favorise le silence et je m’offre parfois un séjour à l’abbaye St-Benoit du Lac où j’arrive dans un état de confusion mais repars l’esprit reposée, éclairée et libre. La lecture et travaux manuels sont également une belle source d’inspiration, les idées se placent, se précisent.

•. Vivre le deuil de ma mère à mes 19 ans et recevoir la responsabilité de mes frères et sœurs s’est inscrit dans ma mémoire affective pour longtemps. Je prenais conscience du vide dans notre univers familial et j’apprenais la fragilité de la vie.

•. Les nombreuses femmes venues me soutenir, me conseiller et me donner confiance dans ce rôle imposé s’est imprimée dans ma mémoire émotive. Elles m’ont aidé à réaliser ma force intérieure et grâce à elles, j’ai appris l’importance de l’acceptation. Mon paysage intérieur s’est ainsi dessiné au fil des années. Vouloir comprendre les différentes étapes de ma vie, heureuses et malheureuses, ont favorisé mon épanouissement et m’ont conduit vers de bonnes décisions en tant que femme, mère et artiste.

• Cette quête de sens m’a permis de me construire, m’a donné des outils dont je me sers dans mon processus créateur car tout est relié. Je crois en la solidarité et la communication et ces valeurs m’habitent lorsque je peins;  guidée par ces principes, j’accorde une liberté aux formes et ainsi, prend naissance une intimité, une intériorité dans mes personnages

Je peins surtout des personnages féminins, vous aurez deviné que c’est en raison des expériences familiales ou communautaires vécues. Mais, avec surprise, dans les dernières semaines, lors de ma recherche pour cette présentation, j’ai fait un lien entre ma mère, les formes que je donne à mes personnages féminins et le message que je conserve d’elle dans sa maladie, forte dans sa vulnérabilité.

Les rencontres et conversations avec de nombreuses femmes sont une grande source d’inspiration pour moi et se placent dans mes toiles, fluides, vagues, vaporeuses… je me laisse guidée par leur appel.

Peu importe ma composition, mon sujet de création, par mes pinceaux ou couteaux, je voyage à travers le temps. Mes émotions donnent au mouvement des formes, en suspension, tel un chemin à suivre, un appel, une destination. Peu importe la tranche de vie qui prend forme, j’entre en communion avec elle lors de l’exécution, je lui prête une histoire, une intention.

De lumineux et colorés, les tons se transforment quand il s’agit de ressentis plus sombres; intuitivement, mes gestes ont une retenue, les mouvements sont différents car je suis dans l’incompréhension du moment présent. Par ailleurs, chacune de ces créations, en écriture ou peinture, m’apporte une libération, une acceptation. C’est ce que je recherche d’ailleurs dans l’art, un moyen d’expression qui m’est propre et me parle.

J’aime donner du temps à un tableau pour m’assurer de bien la comprendre, découvrir où elle veut me conduire. Cheminer fait partie de mon plaisir. Cependant, une certitude m’accompagne; en dépit des difficultés et souffrances de l’humanité, ma volonté est de reconnaitre la beauté intérieure de l’être humain et son dépassement dans les gestes du quotidien.

Mes couleurs sont souvent purs, et appliquées en plusieurs couches. Je ne peux parler de style, plutôt de messages de persévérance, de tendresse, de solitude et d’espoir.

Avec les connaissances du programme Étude de la démarche artistique, j’aspire acquérir une plus grande confiance en moi. Une meilleure compréhension de l’histoire de l’art, de sa place. dans la société m’aidera sans aucun doute.

Je souhaite trouver des réponses à des réflexions personnelles qui sont souvent du domaine du ressenti, du spirituel, du symbolisme.

Comment me les approprier, que comprendre?

Document déposé en septembre 2015 à l’UQAR

En 1935, si loin mais si proche dans le coeur

Pour la fête des mères 2018, Florence Labbé nous partage un souvenir de ses grands-parents Labbé. Merci Florence de me faire confiance et de participer à la conservation des mémoires avec cette photo qui parle.

Je vous présente donc de gauche à droite : son grand-père paternel, M. Édouard Labbé et sa grand-mère paternel, Mme Éliza Dufresne Labbé; près d’elle, deux petits enfants, Hector et Thérèse Labbé et sur la plus haute marche, Madame Germaine Labbé et Marie Anne Labbé. Cette photo a été prise au moulin à bois appartenant à son grand-père Edouard Labbé, d’ailleurs un texte sur la vie de ses grands-parents suivra ultérieurement.

Je vous invite à faire comme mon amie Florence en rendez hommage à vos grands-parents ou vos parents en racontant une partie de leur vie, une anecdote, un souvenir et une photo. Une vie sur terre laisse toujours des traces et pour ne pas les perdre, on a le devoir de les conserver.

Bonne fête des mères à vous mesdames et particulièrement à toi Florence pour ta générosité.

Danièle Rail

 

Bientôt, la vie de Madame Jeanne Minville nous sera racontée

Bientôt, sera publiée l’histoire de vie de Madame Jeanne Minville, née à Grande-Vallée et mariée à Monsieur Amédée Richard en 1919. Ensemble, ils ont eu une belle grande famille, douze enfants.

En attendant, sa petite fille et filleule, Madame Solange Richard Côté, nous partage une bon souvenir du couple, photo prise lors de leur 60ieme anniversaire de mariage.

À suivre.

Daniele Rail

Mes étés en Gaspésie, à Cap d’Espoir

Un souvenir extraordinaire se rattache aux moments où je descendais avec mon frère Jean, trisomique, à Cap d’Espoir pour y passer tout l’été. Mes parents profitaient du passage d’une cousine qui descendait de Montréal en train pour nous confier à elle.  Mais le train passait sur la rive Sud, alors ils nous reconduisaient à Drummondville pour la rejoindre. Vers la fin août, mes parents venaient en auto pour une semaine et nous ramenaient par la même occasion.

Quand j’ai été plus agée, j’ai toujours été renversée par le fait que tante Lucille et oncle Dollard lesquels avaient déjà de nombreux enfants, pouvaient en héberger deux ou même trois, avec mon frère Pierre. Pour moi, c’était le paradis! J’appréciais tellement faire partie de cette énorme famille!

Ça m’a permis d’expérimenter cet extraordinaire style de vie, sans électricité ni eau courante, ni installation sanitaire dans la maison. Avec tous ces enfants qui mettaient la main à la pâte, j’ai appris à traire les vaches, atteler un cheval, faire les foins;  passer le rateau était mon travail favori, je me souviens du bon coup de talon qu’il fallait donner pour lever le râteau.

Tante Lucille menait de main de maître ce que j’appellerais maintenant le « dépanneur » du 2ième, de l’autre côté du chemin et quand je voyais quelqu’un marcher vers le magasin, je m’empressais de me porter volontaire pour y aller.

Imaginez, prendre un beau sac de papier brun, tout neuf, y mettre de la cassonade, des « beans », du sucre blanc qu’on prenait dans des espèces de tiroir pivotant tout en vérifiant le poids sur la balance. Jouer au magasin pour vrai!!!!

Et le dimanche, on barattait de la crème glacée à la main qu’on vendait dans des cornets, l’ancêtre des Dairy Queens. Les gens s’assoyaient sur le grand banc du côté opposé au comptoir, jasaient en mangeant ce régal!

Chaque année, quand je suis à Cap d’Espoir, je monte au deuxième pour m’imprégner de ce paysage où j’ai été si heureuse. Le magasin n’y est plus, ni la maison de tante Lucille mais j’ai encore le bonheur d’y voir la maison originale des Aubut, si belle et où ma mère a grandi et où j’ai connu mon grand-père François, aveugle, souvent assis à l’arrière de la maison pour prendre l’air. Je revois sa grande barbe d’aieul.

Et Ti-Pit qui sentait souvent si bon le sapinage avec son beau sourire! Mes cousins Mousse et Yvon attelaient et on descendait porter le lait à la beurrerie à toute allure; ils riaient tellement de ma peur, surtout dans la côte du moulin.

Que j’étais impressionnée par l’escalier majestueux du magasin général Sheehan avec toutes les choses offertes dans ce magasin, sans compter l’acceuil si chaleureux de Pio.

Ces années demeurent dans mes plus beaux et précieux souvenirs!

Myette Bellefeuille

 

Ma grand-mère Blanche Nicolas

Aujourd’hui, je rends hommage à ma grand-mère maternelle Blanche Nicolas Pagé.

Du plus loin que je me souvienne, ma grand-mère m’a paru une femme d’avant-garde, femme de tête, féministe sans par ailleurs que ce mot soit utilisé.

Grande et forte, les cheveux en tresses, tournées en chignon de l’époque, elle est de ces bâtisseuses qui a vu autant au commerce de mon grand-père Pagé qu’à l’éducation de ses enfants. Boucher, mon grand-père Léo partait sur la route pour vente et distribution tandis que Blanche voyait à l’éducation de ses sept enfants et au roulant de la maison.

Ma grand-mère avait certainement une soif et une joie de vivre que moi, enfant,  je n’ai pas suffisamment connu;  cependant si je pense à l’humour de la Famille Pagé, particulièrement ma tante Mariette, les beaux soirs n’ont pas dû manquer de piquant.

J’aurai vraiment aimé parler davantage avec ma grand-mère , je la découvre aujourd’hui par des rencontres et partages entre cousines. L’audace et le courage ont coloré sa vie et elle nous a transmis à nous, ses petites filles, la force de se tenir debout devant l’orage.

Au nom de tes petites filles, MERCI grand-maman Blanche.

Daniéle Rail

18 fevrier 2017

On l’appelait la p’tite Madame Lachance

Par sa fille, Lyne Brousseau, la cinquième de la trallée, comme elle dirait…

Ma Mère, Elle aime….

Ma Mère c’est  »Elle » de la chanson d’Alan Côté dont le titre est « ELLE AIME ». Cette chanson écrite pour ma mère lui a été présentée par le chanteur-compositeur qui chante la vie de Flora Lachance, ma mère, née à Petite-Vallée.

Pour connaître la vie de ma mère, il suffit de lire entre les notes de musique. Alan a su capturer l’immense influence que ma mère a eu sur ses 15 enfants (une petite fille est décédée) et son entourage étant le petit voisin qu’elle aimait autant, que sa  »trallée d’enfants ». Elle aimait ma mère. Elle aimait la famille, les voisins, les inconnus qui cognaient à sa porte et à qui elle offrait un petit pain tout juste sorti du four.

Elle aimait cette vie difficile et entraînante qu’elle et mon père, Edelbert Brousseau, avaient bâti sur la colonie de Cloridorme tard dans les années 1940 et qu’ils avaient rebâtie à la mer en 1958. La vie autour de ses 15 enfants, le travail de la ferme, les accouchements, presque tous à la maison, les deuils, surtout sa petite fille, les journées de lessive avec essoreuse, les interminables cordes à linge, les journées de boudin et creton, les multiples cuites de pain, les journées de moulins à tisser avec la voisine, les devoirs après l’école, les maux d’oreilles et de gorge, les repas préparés avec amour et en quantité miraculeuse, les rencontres des Fermières et Filles d’Isabelle, les danses carrées des fin de semaines; j’oublie certainement quelques minutes de son temps dans une journée, mais tout semblait un passe-temps pour elle car elle aimait sa famille, son mari et ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière petits-enfants.

Mais tout n’est pas rose et oublier les passages de vie difficile n’est pas une option. Je veux aussi vous parler du courage de ma mère lors du décès de ma petite soeur de 2 1/2 ans décédée lors d’un accident tout bête, un coup à la tête par une balançoire de bois.

Du haut de mes 13 ans, je me souviens de sa force, en contrôle de sa maisonnée, un bébé de 3 mois dans les bras et sa petite fille dans un petit cercueil blanc dans le salon et ses 12 autres enfants autour d’elle, vivant sa peine, mais sans jamais laisser couler une seule larme sur son visage. Elle sait l’effet néfaste sur sa marmaille si elle s’écroule.

Dans ces années, tout se passait dans les maisons familiales. Il nous faut se préparer parce qu’il y aura des visiteurs au salon disait ma mère. Experte à faire sentir aux gens qu’ils étaient toujours bienvenus dans sa maison, son accueil ne devait pas être différent dans la triste circonstance. Elle réconforte les voisins, les visiteurs, la famille et sans doute mon père aussi, derrière la porte fermée de leur chambre. Aujourd’hui, je me demande quand a-t-elle fait son deuil ou plutôt fait-on jamais le deuil de son enfant?

Pour nous la vie a continué jour après jour, ma mère avait accomplit sa mission, garder sa famille sereine dans une situation de désespoir pour elle, toute une leçon de vie.

Quelle carrière que d’être une maman complètement dévouée.

À 80 ans, elle se disait encore jeune, mais la vie et la maladie lui ont pris son mari et sa propre santé dépérit. Tant donner et ne rien prendre.

Elle est un de ces anges sur la terre qui passe sans jamais déranger, qui sème l’amour comme on prend l’air, qui donne sans rien demander, comme le dit si bien la chanson d ‘Alan.

Il était une fois

Aujourd’hui, je publie un texte oû je parle du rôle de mon père, qui à sa façon soutenait notre mère les jours de lourde besogne, cad les jours de lavage, le lundi! Comme dans toutes les familles.

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Lundi, journée du lavage dans les familles, les mamans sortent tout l’attirail pour cette mission : laveuse à tordeur, cuve d’eau pour le rinçage, panier pour étendre le linge et une fois terminé, vider la laveuse de l’eau on ne peut plus coloré. C’est pourquoi le protocole était blanc pour débuter, couleurs séparées, les foncées en dernier. Cet exploit à toutes les semaines répétées svp!

Donc, mon père sentant la tension et fatigue de ma mère, avait son scénario. Après le souper alors que nous devenions des toupies, il se couchait par terre dans la cuisine, la tête sur un coussin improvisé et se fermait les yeux, comme pour prendre un bon somme. Mais nous connaissions ce signal…. On arrivait un après l’autre et après s’être battu pour avoir la meilleure place, comme des petits chat et on finissait par se calmer et se taire.

Patient, il attendait ce moment et s’ouvrant les yeux, il commençait toujours par la magique phrase « Il était une fois » ! Et là, captivés par ses détails, nous écoutions… Il utilisait les mêmes personnages, les mêmes lieux, donc logiquement, il finissait par avoir un lien entre chaque histoire. Mon père avait beaucoup d’imagination et d’humour et se servait souvent de ses contes pour faire une petite morale que nous ne prenions pas pour nous…

Il avait une façon particulière de nous annoncer que la fin arrivait « il lui a donné un coup de pied dans le derrière et il a r’volé à Barachois » ! Là, on savait que le mauvais avait été puni et que l’histoire était finie.

Pourquoi le coup de pied dans le popottin ? Et pourquoi Barachois ? Allez savoir, il riait quand on lui demandait.

Papa avait atteint son objectif, nous calmer et permettre à notre mère de récupérer tranquille.

Quand maman partait pour quelques heures chez sa soeur Mariette, mon père faisait le souper. Un seul plat: du macaroni! Mais tout un plat, nous étions 7 et il en avait pout 14! On en mangeait quelques jours durant hahaha. C’est dans ses périodes qu’on a appris à fabriquer des petits bateaux avec des feuilles de papier.

Et quand on manquait d’électricité, à cause de tempête, on a appris comment faire des ombres sur le mur avec nos mains. Il prenait du temps pour nous. Il le tenait de son père qui avait fait la même chose, selon oncle Antoine.

Heureusement que nous avions ce lien avec notre père car quand maman est décédée à 46 ans, ce n’était pas à construire, nous savions qu’il serait la pour nous et il a pris ses responsabilités, il nous a tous soutenus et guidés.

En arrière de tout homme il y a une femme dit-on! Mon père etait follement amoureux de ma mère et elle est probablement celle à qui nous devons dire merci d’avoir préparé notre père à prendre soin de nous.

Et si c’est arrivé chez-nous, c’est sûrement arrivé ailleurs. Les pères avaient une place dans la famille mais ne devaient pas trop le démontrer ! C’était pas la coutume! C’était pas l’époque!

Daniele Rail

Tous droits réservés

Un regard sur le passé

Voici un extrait d’un témoignage que signait Bernadette dans le cadre «Une vie, une époque, notre héritage… La Rédemption 50 ans 1936 – 1986».

Infirmière en colonie à Sacré-Coeur de Deslandes, Gaspé Nord (3 ans) et St-Charles Garnier, cté Rimouski (5 ans), j’arrive à La Rédemption, le 1er septembre 1950, avec armes et bagages, heureuse de reprendre à travailler après une années sabbatique obligatoire (hospitalisée au Sanatorium de Mont-Joli de septembre à mai).

Un cas de médecine générale, une extraction dentaire, une visite à domicile et me revoilà fidèle et dévouée servante .

Un 15 décembre, j’agis comme sage femme, des triplets Noël – Noëlla – Noëlline. Mon année la plus fructueuse: j’y ai mis au monde 72 bébés, c’était une première.

En 1960, je vous quittais au bras de mon mari.

Bernadette Giffard Dumais, Inf. Lic.¨

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Bernadette Giffard décéda le 10 octobre 1988 à Mont Joli et elle est inhumée à Sainte Flavie. Photo de Bernadette durant son séjour au San de Mont Joli.

Et vous, que contient votre boîte aux trésors?

Au départ de maman, il y a eu comme une période d’urgence à penser « Nous a-t-elle laissé ses recettes? » et oui que voulez-vous, elle nous a élevées « gourmettes » et gourmandes.

Alors, d’abord, avec mes sœurs nous avons commencé la chaîne téléphonique : « Te rappelles-tu de cette recette-là? Est-ce que l’une de nous l’a quelque part dans ses petits papiers? » C’est alors que j’ai fouillé dans mon coffre aux trésors pour retrouver lesdites recettes. Bien souvent j’appelais maman à la dernière minute et j’écrivais ce qu’elle me dictait sans bien entendu mettre de titre au haut du petit papier. J’en ai alors retrouvé quelques-unes commençant par : Gros comme un tit œuf de beurre, grand comme le dedans de ma main de….

Je me suis amusée à deviner de quelle recette il s’agissait. Avec mes sœurs, nous nous sommes rappelé bien des anecdotes mais surtout comment nos mères donnaient des noms farfelus à leur création. Notre grand-mère Lucille les avait bien instruites en ce sens. J’ai ensuite, via Facebook, étendu mes recherches à mes cousines de la lignée des Aubut-Langlois. J’ai alors découvert des noms époustouflants : sacamité (tartinade au chocolat pour le déjeuner), Saut-au-cul (espèce de petit mijoté des premiers petits légumes du jardin), galettes effrontées (biscuits à la pâte faits avec du Bisquick qui étaient couvertes de pics lorsqu’elles sortaient du four), Moucasses (brioches actualisées avec de la pâte à croissants Pillsbury), Crottes à cartouche (lorsque maman glaçait un gâteau avec une glace au chocolat et qu’il en restait, elle le mélangeait avec des morceaux de biscuits Village, en faisait des boules et ensuite les roulait dans le coconut; ne sachant nous dire qu’est-ce qu’on mangeait au juste Loulou et moi les avions baptisées « Crottes à Cartouche » Cartouche était le chien berger allemand de notre frère Yves. (Note à moi-même: jamais nous n’avions mangé de m…. mais Dieu que celle-ci était bonne hihihi)

Et que dire aussi des façons bien à elle de renommer des aliments achetés qu’elle nous offrait, la célèbre petite canne de Paris-Pâté dont nous agrémentions nos sandwichs c’était pour maman de la viande à sandwich qu’elle colorait avec du colorant alimentaire et nous faisait des sandwichs 3 étages-3 couleurs les jours de fête. Pour la mère de mon amie d’enfance Luce Rail, c’était de la paste. Chacune des familles des alentours avait sa petite recette au nom farfelu ou encore une histoire inventée de toute pièce pour nous faire rire. Pierre-André de la famille Réhel nous racontait que chez lui lors des années de vache maigre, la dinde de Noël laissait place à un « Baloné » piqué de plumes et suspendu à une corde au plafond. Je l’ai toujours retenue celle-là et elle fait toujours partie de mes commentaires lorsque je sers une dinde.

Et vous, que contient votre coffre aux trésors?

Rhéa Collin

Un printemps de courage

Je vous présente aujourd’hui un texte écrit par Jeannine Ouellette qui honore la mémoire de sa mère. Franco-Ontarienne, Jeannine est animée par le même objectif que moi pour la conservation des mémoires. Elle raconte donc avec fierté l’histoire franco-ontarienne sur un site Facebook appelé ELLES.

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Un printemps de courage

Aux yeux des inconnus, cette journée de mai 1958 devait être d’apparence ordinaire, mais dans ma famille, la journée n’avait rien d’ordinaire, car ce jour-là, ma mère Noëlla Guénette Ouellette, alors âgée de 31 ans, montait à bord d’un train à la gare de Kapuskasing. Destination : Montréal.

Une valise à la main, l’autre main probablement posée sur son ventre épaissi par une maternité sur le point de rompre, je m’imagine que ma mère doit avoir jeté un regard triste vers son mari Gérard et ses enfants Raymond (10 ans) et Murielle (7 ans) avant de partir.

Heureusement que Jeanne, la soeur de mon père, avait accepté d’aider à prendre soin de la maisonnée en son absence.

Comme elle devait être anxieuse, ma mère, devant ce long voyage qui l’envoyait au loin ! Enceinte de huit mois et demi, elle s’en allait accoucher de son 5e bébé dans la métropole québécoise. Jamais elle n’aurait pu prédire ce qui l’attendait à Montréal…

Montréal. Une cité si loin du Nord de l’Ontario, surtout à cette époque où les déplacements se faisaient rares. Une « grand ville » au bout du monde pour ma mère qui n’avait jamais voyagé plus loin que Timmins vers l’est et Opasatika vers l’ouest. Sa date approchait et ma mère était bien déterminée de « le réchapper ce bébé-là ». Parole de mère !

Après avoir mis au monde un fils en 1948 et une fille en 1951, ma mère a perdu deux garçons, coup sur coup. L’un, Joseph, mort-né, et l’autre, Roger, mort quelques jours après sa naissance. Ma mère dotée d’une «p’tite santé» s’était même fait dire après la naissance de son premier enfant : Madame Ouellette, il ne faudrait pas que vous ayez d’autres enfants. Cette femme à la santé fragile s’est néanmoins promise qu’elle remplacerait ses deux amours perdus (en l’occurence, moi et ma sœur Lorraine, née trois ans après moi en 1961).

Ma mère m’avait expliqué que Joseph et Roger (mes anges gardiens) avaient été emportés dans la mort par une incompatibilité sanguine (facteur Rhésus). Aujourd’hui, grâce à la prévention et à une meilleure surveillance des femmes enceintes, ce problème sanguin s’est beaucoup raréfié et les accidents graves sont devenus exceptionnels, mais dans les années 50, en région éloignée, les bébés pouvaient trop facilement en mourir.

Cette 5e grossesse allait donc exiger de grandes précautions ! Le médecin avait proposé à ma mère qu’elle accouche de moi dans un grand centre comme Toronto, la possibilité d’une transfusion sanguine étant fort plausible dès ma naissance. Comme ma mère ne connaissait personne à Toronto et qu’elle avait une belle-sœur à Montréal, les arrangements ont été pris avec Marguerite, la sœur de mon père. Endeuillée et appréhensive, Noëlla a quitté ville, mari et enfants pour se rendre jusque dans le Québec avec son bébé dans son ventre. Pauvre elle ! Pas moins de dix-huit heures sur le train !

Une fois rendue à bon port, il lui a fallu une autre bonne dose de courage. Pour une raison qui m’est inconnue, ce n’est pas le médecin qui coordonnait les arrangements avec l’hôpital québécois. Ma mère avait donc sur elle une enveloppe précieuse qui allait lui ouvrir les portes des hôpitaux montréalais : une lettre signée par le docteur et quelques documents de son dossier médical qu’elle devait remettre à l’hôpital au moment où elle se présenterait pour accoucher. Mon père s’était assuré, malgré une situation financière précaire, que ma mère ait tout l’argent qu’il lui fallait pour payer son passage (voyage en train), les services de l’hôpital et sa part «du manger» chez Marguerite pendant au moins quelques semaines. Mais lorsque ma mère s’est présentée à l’hôpital, il y a eu un grave malentendu !

Ma mère ne parlait pas la langue de Shakespeare et les gens qui l’ont accueillie à l’hôpital ne parlaient pas la langue de Molière. Ils ont cru qu’elle n’avait pas d’argent pour payer et ont refusé de l’admettre! Misère de misère! Marguerite, débrouillarde, a emmené ma mère dans un autre hôpital. Celui-ci étant réservé aux filles mères ou aux soi-disant « filles de mauvaise vie », il acceptait toutes les femmes enceintes. Ma mère a mis sa fierté de côté et s’est abandonnée au soins de l’Hôpital Miséricorde. Tout ce qui comptait pour elle était que son bébé soit sauvé.

J’ai été sauvée. Mais ma mère m’a raconté qu’elle a été trois très longs jours sans avoir de mes nouvelles. Dès la naissance, j’avais été transférée à l’Hôpital Ste-Justine. Ma mère avait beau implorer les infirmières de lui donner des nouvelles de sa p’tite, personne ne lui en soufflait mot. «J’ai pâti d’inquiétude pendant trois jours ma fille», me disait-elle quand on jasait ensemble de ce fameux 4 juin 1958. J’ai toujours eu le goût du voyage et ma mère me disait en souriant que c’était parce que j’avais voyagé dans son ventre avant même de venir au monde.

J’ai été baptisée à l’Église St-Jean à Montréal le 15 juin. C’est tante Marguerite qui m’a servi de marraine. Quelques jours plus tard, ma mère a pris la route du retour avec son bébé naissant, mais ne fut pas épargnée de nouvelles angoisses puisque le train en direction du Nord de l’Ontario a déraillé ! Arrêté pendant 36 heures, ma pauvre mère n’a pas dormi une seule seconde, car elle avait trop peur que quelqu’un lui vole son nouveau bébé.

Ma mère est décédée à Kapuskasing en 2001 à l’âge de 74 ans. Après avoir survécu plusieurs drames, dont une enfance marquée par la souffrance, la perte d’une soeur noyée avec ses deux enfants et, plus tard, le deuil de deux de ses fils, une mort douce est venue la chercher un soir de juin. Moi, la p’tite réchappée, je n’ai que de l’admiration pour ma mère, cette femme au grand courage qui me manquera toujours beaucoup. Merci Mom. Merci pour tout.

Jeannine Ouellette