Présentation à l’UQAR

Dans les années 2015-2016-2017, j’ai suivi à l’Université du Québec à Rimouski un programme appelé Étude de la pratique artistique. Je voulais approfondir la source de mes inspirations, comprendre la démarche et le processus de la création artistique.

Nous avions des travaux à faire et j’ai le goût de vous partager un document présenté dans le cadre de ces cours. Vous comprendrez davantage pourquoi je crois en l’importance de la mémoire ou récits de vie des femmes qui nous ont précédées.

Daniele Rail

Mon processus et démarche artistique

•. Ouvrir une fenêtre sur mon processus, mon cheminement, c’est vous dévoiler ma vulnérabilité, mes questionnements, mes certitudes et mes espoirs.

•. Mon besoin artistique c’est révélé dès mon enfance et ma curiosité m’a conduit au théâtre, à la danse et l’apprentissage de divers instruments musicaux.

•. Il y a pourtant eu une étape importante dans ma vie, un tournant où c’était l’heure des bilans. Revoir mes objectifs de vie, mes réalisations, mes attentes. C’est dans ces années que je me suis inscrite à des cours de dessin et peinture.

Assez rapidement, je suis allée vers la création, trop vite peut être car je me suis trompée, me suis cherchée, me suis découragée. J’ai compris pourtant qu’en agissant ainsi, malgré les difficultés, je suis demeurée fidèle à ce qui m’habitait.

•. J’ai franchi un grand pas lorsque je me suis inscrite à l’École de l’Université Laval à Percé à des cours portant précisément sur le pouvoir créatif. Je conserve d’ailleurs une grande reconnaissance envers l’artiste Segal Seymour qui sait nous faire voyager dans des zones inconfortables mais combien importantes. Créer sans se questionner me semble impossible; ca exige de s’abandonner. J’ai donc amorcé une démarche intérieure, intime, spirituelle qui m’a conduit plusieurs fois à l’écoute du silence.

•. Pour obtenir des réponses claires, je favorise le silence et je m’offre parfois un séjour à l’abbaye St-Benoit du Lac où j’arrive dans un état de confusion mais repars l’esprit reposée, éclairée et libre. La lecture et travaux manuels sont également une belle source d’inspiration, les idées se placent, se précisent.

•. Vivre le deuil de ma mère à mes 19 ans et recevoir la responsabilité de mes frères et sœurs s’est inscrit dans ma mémoire affective pour longtemps. Je prenais conscience du vide dans notre univers familial et j’apprenais la fragilité de la vie.

•. Les nombreuses femmes venues me soutenir, me conseiller et me donner confiance dans ce rôle imposé s’est imprimée dans ma mémoire émotive. Elles m’ont aidé à réaliser ma force intérieure et grâce à elles, j’ai appris l’importance de l’acceptation. Mon paysage intérieur s’est ainsi dessiné au fil des années. Vouloir comprendre les différentes étapes de ma vie, heureuses et malheureuses, ont favorisé mon épanouissement et m’ont conduit vers de bonnes décisions en tant que femme, mère et artiste.

• Cette quête de sens m’a permis de me construire, m’a donné des outils dont je me sers dans mon processus créateur car tout est relié. Je crois en la solidarité et la communication et ces valeurs m’habitent lorsque je peins;  guidée par ces principes, j’accorde une liberté aux formes et ainsi, prend naissance une intimité, une intériorité dans mes personnages

Je peins surtout des personnages féminins, vous aurez deviné que c’est en raison des expériences familiales ou communautaires vécues. Mais, avec surprise, dans les dernières semaines, lors de ma recherche pour cette présentation, j’ai fait un lien entre ma mère, les formes que je donne à mes personnages féminins et le message que je conserve d’elle dans sa maladie, forte dans sa vulnérabilité.

Les rencontres et conversations avec de nombreuses femmes sont une grande source d’inspiration pour moi et se placent dans mes toiles, fluides, vagues, vaporeuses… je me laisse guidée par leur appel.

Peu importe ma composition, mon sujet de création, par mes pinceaux ou couteaux, je voyage à travers le temps. Mes émotions donnent au mouvement des formes, en suspension, tel un chemin à suivre, un appel, une destination. Peu importe la tranche de vie qui prend forme, j’entre en communion avec elle lors de l’exécution, je lui prête une histoire, une intention.

De lumineux et colorés, les tons se transforment quand il s’agit de ressentis plus sombres; intuitivement, mes gestes ont une retenue, les mouvements sont différents car je suis dans l’incompréhension du moment présent. Par ailleurs, chacune de ces créations, en écriture ou peinture, m’apporte une libération, une acceptation. C’est ce que je recherche d’ailleurs dans l’art, un moyen d’expression qui m’est propre et me parle.

J’aime donner du temps à un tableau pour m’assurer de bien la comprendre, découvrir où elle veut me conduire. Cheminer fait partie de mon plaisir. Cependant, une certitude m’accompagne; en dépit des difficultés et souffrances de l’humanité, ma volonté est de reconnaitre la beauté intérieure de l’être humain et son dépassement dans les gestes du quotidien.

Mes couleurs sont souvent purs, et appliquées en plusieurs couches. Je ne peux parler de style, plutôt de messages de persévérance, de tendresse, de solitude et d’espoir.

Avec les connaissances du programme Étude de la démarche artistique, j’aspire acquérir une plus grande confiance en moi. Une meilleure compréhension de l’histoire de l’art, de sa place. dans la société m’aidera sans aucun doute.

Je souhaite trouver des réponses à des réflexions personnelles qui sont souvent du domaine du ressenti, du spirituel, du symbolisme.

Comment me les approprier, que comprendre?

Document déposé en septembre 2015 à l’UQAR

En 1935, si loin mais si proche dans le coeur

Pour la fête des mères 2018, Florence Labbé nous partage un souvenir de ses grands-parents Labbé. Merci Florence de me faire confiance et de participer à la conservation des mémoires avec cette photo qui parle.

Je vous présente donc de gauche à droite : son grand-père paternel, M. Édouard Labbé et sa grand-mère paternel, Mme Éliza Dufresne Labbé; près d’elle, deux petits enfants, Hector et Thérèse Labbé et sur la plus haute marche, Madame Germaine Labbé et Marie Anne Labbé. Cette photo a été prise au moulin à bois appartenant à son grand-père Edouard Labbé, d’ailleurs un texte sur la vie de ses grands-parents suivra ultérieurement.

Je vous invite à faire comme mon amie Florence en rendez hommage à vos grands-parents ou vos parents en racontant une partie de leur vie, une anecdote, un souvenir et une photo. Une vie sur terre laisse toujours des traces et pour ne pas les perdre, on a le devoir de les conserver.

Bonne fête des mères à vous mesdames et particulièrement à toi Florence pour ta générosité.

Danièle Rail

 

Bientôt, la vie de Madame Jeanne Minville nous sera racontée

Bientôt, sera publiée l’histoire de vie de Madame Jeanne Minville, née à Grande-Vallée et mariée à Monsieur Amédée Richard en 1919. Ensemble, ils ont eu une belle grande famille, douze enfants.

En attendant, sa petite fille et filleule, Madame Solange Richard Côté, nous partage une bon souvenir du couple, photo prise lors de leur 60ieme anniversaire de mariage.

À suivre.

Daniele Rail

Mes étés en Gaspésie, à Cap d’Espoir

Un souvenir extraordinaire se rattache aux moments où je descendais avec mon frère Jean, trisomique, à Cap d’Espoir pour y passer tout l’été. Mes parents profitaient du passage d’une cousine qui descendait de Montréal en train pour nous confier à elle.  Mais le train passait sur la rive Sud, alors ils nous reconduisaient à Drummondville pour la rejoindre. Vers la fin août, mes parents venaient en auto pour une semaine et nous ramenaient par la même occasion.

Quand j’ai été plus agée, j’ai toujours été renversée par le fait que tante Lucille et oncle Dollard lesquels avaient déjà de nombreux enfants, pouvaient en héberger deux ou même trois, avec mon frère Pierre. Pour moi, c’était le paradis! J’appréciais tellement faire partie de cette énorme famille!

Ça m’a permis d’expérimenter cet extraordinaire style de vie, sans électricité ni eau courante, ni installation sanitaire dans la maison. Avec tous ces enfants qui mettaient la main à la pâte, j’ai appris à traire les vaches, atteler un cheval, faire les foins;  passer le rateau était mon travail favori, je me souviens du bon coup de talon qu’il fallait donner pour lever le râteau.

Tante Lucille menait de main de maître ce que j’appellerais maintenant le « dépanneur » du 2ième, de l’autre côté du chemin et quand je voyais quelqu’un marcher vers le magasin, je m’empressais de me porter volontaire pour y aller.

Imaginez, prendre un beau sac de papier brun, tout neuf, y mettre de la cassonade, des « beans », du sucre blanc qu’on prenait dans des espèces de tiroir pivotant tout en vérifiant le poids sur la balance. Jouer au magasin pour vrai!!!!

Et le dimanche, on barattait de la crème glacée à la main qu’on vendait dans des cornets, l’ancêtre des Dairy Queens. Les gens s’assoyaient sur le grand banc du côté opposé au comptoir, jasaient en mangeant ce régal!

Chaque année, quand je suis à Cap d’Espoir, je monte au deuxième pour m’imprégner de ce paysage où j’ai été si heureuse. Le magasin n’y est plus, ni la maison de tante Lucille mais j’ai encore le bonheur d’y voir la maison originale des Aubut, si belle et où ma mère a grandi et où j’ai connu mon grand-père François, aveugle, souvent assis à l’arrière de la maison pour prendre l’air. Je revois sa grande barbe d’aieul.

Et Ti-Pit qui sentait souvent si bon le sapinage avec son beau sourire! Mes cousins Mousse et Yvon attelaient et on descendait porter le lait à la beurrerie à toute allure; ils riaient tellement de ma peur, surtout dans la côte du moulin.

Que j’étais impressionnée par l’escalier majestueux du magasin général Sheehan avec toutes les choses offertes dans ce magasin, sans compter l’acceuil si chaleureux de Pio.

Ces années demeurent dans mes plus beaux et précieux souvenirs!

Myette Bellefeuille

 

Ma grand-mère Blanche Nicolas

Aujourd’hui, je rends hommage à ma grand-mère maternelle Blanche Nicolas Pagé.

Du plus loin que je me souvienne, ma grand-mère m’a paru une femme d’avant-garde, femme de tête, féministe sans par ailleurs que ce mot soit utilisé.

Grande et forte, les cheveux en tresses, tournées en chignon de l’époque, elle est de ces bâtisseuses qui a vu autant au commerce de mon grand-père Pagé qu’à l’éducation de ses enfants. Boucher, mon grand-père Léo partait sur la route pour vente et distribution tandis que Blanche voyait à l’éducation de ses sept enfants et au roulant de la maison.

Ma grand-mère avait certainement une soif et une joie de vivre que moi, enfant,  je n’ai pas suffisamment connu;  cependant si je pense à l’humour de la Famille Pagé, particulièrement ma tante Mariette, les beaux soirs n’ont pas dû manquer de piquant.

J’aurai vraiment aimé parler davantage avec ma grand-mère , je la découvre aujourd’hui par des rencontres et partages entre cousines. L’audace et le courage ont coloré sa vie et elle nous a transmis à nous, ses petites filles, la force de se tenir debout devant l’orage.

Au nom de tes petites filles, MERCI grand-maman Blanche.

Daniéle Rail

18 fevrier 2017

On l’appelait la p’tite Madame Lachance

Par sa fille, Lyne Brousseau, la cinquième de la trallée, comme elle dirait…

Ma Mère, Elle aime….

Ma Mère c’est  »Elle » de la chanson d’Alan Côté dont le titre est « ELLE AIME ». Cette chanson écrite pour ma mère lui a été présentée par le chanteur-compositeur qui chante la vie de Flora Lachance, ma mère, née à Petite-Vallée.

Pour connaître la vie de ma mère, il suffit de lire entre les notes de musique. Alan a su capturer l’immense influence que ma mère a eu sur ses 15 enfants (une petite fille est décédée) et son entourage étant le petit voisin qu’elle aimait autant, que sa  »trallée d’enfants ». Elle aimait ma mère. Elle aimait la famille, les voisins, les inconnus qui cognaient à sa porte et à qui elle offrait un petit pain tout juste sorti du four.

Elle aimait cette vie difficile et entraînante qu’elle et mon père, Edelbert Brousseau, avaient bâti sur la colonie de Cloridorme tard dans les années 1940 et qu’ils avaient rebâtie à la mer en 1958. La vie autour de ses 15 enfants, le travail de la ferme, les accouchements, presque tous à la maison, les deuils, surtout sa petite fille, les journées de lessive avec essoreuse, les interminables cordes à linge, les journées de boudin et creton, les multiples cuites de pain, les journées de moulins à tisser avec la voisine, les devoirs après l’école, les maux d’oreilles et de gorge, les repas préparés avec amour et en quantité miraculeuse, les rencontres des Fermières et Filles d’Isabelle, les danses carrées des fin de semaines; j’oublie certainement quelques minutes de son temps dans une journée, mais tout semblait un passe-temps pour elle car elle aimait sa famille, son mari et ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière petits-enfants.

Mais tout n’est pas rose et oublier les passages de vie difficile n’est pas une option. Je veux aussi vous parler du courage de ma mère lors du décès de ma petite soeur de 2 1/2 ans décédée lors d’un accident tout bête, un coup à la tête par une balançoire de bois.

Du haut de mes 13 ans, je me souviens de sa force, en contrôle de sa maisonnée, un bébé de 3 mois dans les bras et sa petite fille dans un petit cercueil blanc dans le salon et ses 12 autres enfants autour d’elle, vivant sa peine, mais sans jamais laisser couler une seule larme sur son visage. Elle sait l’effet néfaste sur sa marmaille si elle s’écroule.

Dans ces années, tout se passait dans les maisons familiales. Il nous faut se préparer parce qu’il y aura des visiteurs au salon disait ma mère. Experte à faire sentir aux gens qu’ils étaient toujours bienvenus dans sa maison, son accueil ne devait pas être différent dans la triste circonstance. Elle réconforte les voisins, les visiteurs, la famille et sans doute mon père aussi, derrière la porte fermée de leur chambre. Aujourd’hui, je me demande quand a-t-elle fait son deuil ou plutôt fait-on jamais le deuil de son enfant?

Pour nous la vie a continué jour après jour, ma mère avait accomplit sa mission, garder sa famille sereine dans une situation de désespoir pour elle, toute une leçon de vie.

Quelle carrière que d’être une maman complètement dévouée.

À 80 ans, elle se disait encore jeune, mais la vie et la maladie lui ont pris son mari et sa propre santé dépérit. Tant donner et ne rien prendre.

Elle est un de ces anges sur la terre qui passe sans jamais déranger, qui sème l’amour comme on prend l’air, qui donne sans rien demander, comme le dit si bien la chanson d ‘Alan.

Il était une fois

Aujourd’hui, je publie un texte oû je parle du rôle de mon père, qui à sa façon soutenait notre mère les jours de lourde besogne, cad les jours de lavage, le lundi! Comme dans toutes les familles.

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Lundi, journée du lavage dans les familles, les mamans sortent tout l’attirail pour cette mission : laveuse à tordeur, cuve d’eau pour le rinçage, panier pour étendre le linge et une fois terminé, vider la laveuse de l’eau on ne peut plus coloré. C’est pourquoi le protocole était blanc pour débuter, couleurs séparées, les foncées en dernier. Cet exploit à toutes les semaines répétées svp!

Donc, mon père sentant la tension et fatigue de ma mère, avait son scénario. Après le souper alors que nous devenions des toupies, il se couchait par terre dans la cuisine, la tête sur un coussin improvisé et se fermait les yeux, comme pour prendre un bon somme. Mais nous connaissions ce signal…. On arrivait un après l’autre et après s’être battu pour avoir la meilleure place, comme des petits chat et on finissait par se calmer et se taire.

Patient, il attendait ce moment et s’ouvrant les yeux, il commençait toujours par la magique phrase « Il était une fois » ! Et là, captivés par ses détails, nous écoutions… Il utilisait les mêmes personnages, les mêmes lieux, donc logiquement, il finissait par avoir un lien entre chaque histoire. Mon père avait beaucoup d’imagination et d’humour et se servait souvent de ses contes pour faire une petite morale que nous ne prenions pas pour nous…

Il avait une façon particulière de nous annoncer que la fin arrivait « il lui a donné un coup de pied dans le derrière et il a r’volé à Barachois » ! Là, on savait que le mauvais avait été puni et que l’histoire était finie.

Pourquoi le coup de pied dans le popottin ? Et pourquoi Barachois ? Allez savoir, il riait quand on lui demandait.

Papa avait atteint son objectif, nous calmer et permettre à notre mère de récupérer tranquille.

Quand maman partait pour quelques heures chez sa soeur Mariette, mon père faisait le souper. Un seul plat: du macaroni! Mais tout un plat, nous étions 7 et il en avait pout 14! On en mangeait quelques jours durant hahaha. C’est dans ses périodes qu’on a appris à fabriquer des petits bateaux avec des feuilles de papier.

Et quand on manquait d’électricité, à cause de tempête, on a appris comment faire des ombres sur le mur avec nos mains. Il prenait du temps pour nous. Il le tenait de son père qui avait fait la même chose, selon oncle Antoine.

Heureusement que nous avions ce lien avec notre père car quand maman est décédée à 46 ans, ce n’était pas à construire, nous savions qu’il serait la pour nous et il a pris ses responsabilités, il nous a tous soutenus et guidés.

En arrière de tout homme il y a une femme dit-on! Mon père etait follement amoureux de ma mère et elle est probablement celle à qui nous devons dire merci d’avoir préparé notre père à prendre soin de nous.

Et si c’est arrivé chez-nous, c’est sûrement arrivé ailleurs. Les pères avaient une place dans la famille mais ne devaient pas trop le démontrer ! C’était pas la coutume! C’était pas l’époque!

Daniele Rail

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